Le bon rêveur

Je dors mais ne dors pas. En fait, je suis pleinement présent à ce sommeil paradoxal, & suis en mesure de faire tourner l’Axe comme je le veux, & comme, dans la réalité, je ne puis le faire. Cette rue où se poursuit mon sommeil, il ne fait aucun doute qu’elle « existe » dans la réalité.
– Mais, dans la réalité, – j’y disparais.
Alors que, dans l’épaisseur du rêve, il m’est donné d’être pleinement présent, d’Y être. Alors il est certain que je souffrirai toujours; néanmoins, il est non moins certain qu’il y aura toujours le baume des rêves pour me situer, pour me localiser dans une réalité psychique & onirique,
& heureusement!

Alors veuillez ne pas me regarder les hypnotiques & autres tranquillisants, veuillez me permettre de toujours exister dans l’autre monde. Car, moi, contrairement aux « rêveurs » habituels, je sais qui je suis quand je rêve, j’ai un Moi physique
au fond du sommeil.
& JE SAIS. Je sais qu’il ne saurait être question d’un quelconque imprévu, non; car c’est moi qui suis à l’origine de ce réel, c’est moi qui conduis la danse. –
Les ordinaires dépossessions, les expropriations, dont je suis la victime écrasée,
tombent. Et il n’y a nulle aspiration, nul siphon de l’Être, mais une continuité sûre & évidente, le pro jait inaugurant une absolue facilité.

Un point jaune s’allume & me dis que ça va finir,
qu’il va falloir se réveiller. Non, il faut que je dorme encore; je ne veut pas passer dans le matin.
ÇA Y EST!!! Horreur des horreurs! JE SUIS RÉVEILLÉ!
Aucun filtre : la réalité se colle à mes yeux,
& m’asphyxie. Je suffoque. Le cœur accélère. Non! Non! Je retourne au Néant, à la mort paralysée & infinie,
– éternelle.

Angoisse

Horizon atroce d’un psychisme veuf. Non : un avortement abjecte et souterrain qui serait à l’état normal comme une maladie en plaine santé. Encore fallait-il affronter la Peur et le délire, encore fallait-il
– participer. & pourtant, je ne fais que réceptionner des idées neutres concrètement périphériques par rapport à mon état. Mais des idées faîtes de mots, mais des phrases d’une conscience pleine & quasi-interdites. J’engage mon immobilité affreuse dans la partie,
– je
m’allonge. Alors, ce silence, muet comme une pierre, il se peut qu’il se mette à bruire. Je ne sais pas si ce mot existe & m’en fous, de la même façon que je me fous du style fixe, comme je me fous de l’écriture de mon absence d’idées.
Cette chambre traumatismante, abyssale, est comme un Fatum curieux. J’y vois s’écrire des tragédies lesbiennes, à la faveur d’une rue ou d’un paysage.
Que j’ai toujours su.

Corps poreux, mains moites, je suis ouvert à tous les vents,
éclaté
dans l’incréé. Le Mot, ici : ne pas pouvoir rentrer. Ne pas sortir; seul le Rassemblement, l’Intime qui fuit,
qui coule. Mon Propre me surprend moi-même à chaque coup de ma conscience qui frappe une réalité non filtrée. Je tâche d’extraire une Idée, fût-elle absurde, de cette situation mate & concrète dont je sais les moindres recoins & les subtiles impermanences.
& je suis de plus-en-plus anxieux, & je sens que l’Angoisse monte. Oui : les pourtours de la conscience se dé-font; j’étais en colère, mais – .
Alors tout se connecte selon une façon beaucoup plus ample & précise, – mortelle. Est-ce à dire que quelque-chose de l’ordre d’une « Idée » va se faire jour? Non, du moins pas une idée au sens où VOUS l’entendez. Ce que je dis, c’est qu’il va bien falloir qu’un truc comme une fumée de cigarette finisse par émaner de la Matière.