H

« Oisive jeunesse
à tout asservie
par délicatesse
j’ai perdu ma vie »

Rimbaud

L’un de mes anciens ami avait le H architectural. Nous fumions, et nous rendions soit à la basilique d’Aynay, soit à la cathédrale St Jean, etc… &, lui, il semblait toujours pris d’un scrupule d’architecte, comme si c’était lui qui avait construit l’édifice : Il réorganisait les lignes, reliais différemment les points

– & combien d’heures avons-nous passées, sous influences diverses, devant les monuments?…

Tranxène

Tranxène.

Au bout de vingt minutes, l’on a déjà un relâchement, un lâcher-prise. surtout au niveau du ventre. Puis la tête ne tarde pas à suivre.

Amplitude respiratoire. Cœur qui se calme. Une légère musique suffit pour créer l’harmonie. Aussi peut-on s’écrier, avec Baudelaire : « Là tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme, et volupté.
Une certaine fatigue s’empare de moi, un relâchement, cette fois, au ni veau des membres, surtout les bras; Puis relâchement de partout…

Ça y est, je suis mieux!!! Je suis dans les limbes.

Le Tranxène est un opium profane. Bien-sûr – & j’en suis plus que conscient… – derrière, il y a toujours l’angoisse.
& le tranquillisant est un cache-misère; mais j’ai encore, grâce au toxique, devant moi, une ou deux heures de calme, de repos absolu, – de contemplation.

Ife

Je respire. Un LIEU nouveau dans mes poumons. Je veux simplement parler d’un certain phénomène d’expansion de l’individualité.
Dans un monde lui-même en expansion constante.
Une expansion illimitée

Diz-je

Car je n’était pas bien. Car je n’étais plus REMPLI,
Car j’étais replié & recroquevillé en moi-même

& le neuroleptique,,
justement,
me déplie
& maintenant mon être est plein.
Plénitude du moi

& que l’on n’aille pas me parler de toxicomanie, que l’on n’aille pas me parler de dépendance ou un truc du genre : « Tu serais mieux,
toi,
le fou,
dans ta folie.

Bon,
en fait,
prenez-moi pour un camé,
un vieux camé bien pourri & macéré dans les substances,
hé bien je n’en ai rien à foutre . Mais oui,
J’ai connu la came

& bien-sûr,
c’est sale. & ça laisse des marques indélébile dans la conscience
à la surface de la conscience.

Mais, moi,
camé,
maintenant?

Vous voulez rire!!!

Car je ne prends que ce qu’il me faut
je prends juste ASSEZ de toxiques :
mon traitement.

& permettez-moi d’être désolé
mais
ni mon psychiatre ni mon pharmacien ne sont des dealers.

« Et, pour le surplus, je vous défends de revenir là-dessus.

Soli solo

Je voudrais vous parler de mon 1er acide en solo. J’en avais déjà pris pas mal, mais toujours en groupe. Je me souviens que, étendu sur mon lit, lisant Céline, je pris un timbre d’acide… – & le spectacle commença… Car, oui, il s’agit bien d’un spectacle.

L’attente- je m’habituais au produit – fut courte. Des brillances nouvelles, & un véritable esprit de synthèse. De synthèse, oui, au sens moins philosophique que mystique. Je commençai donc à voir briller les surfaces chatoyantes. Avec mon doigt, je pouvais tout atteindre, y compris les points les plus lointains.

Dans ma chambre je trouve deux petites barres d’haltérophilie, datant de l’époque où je sacrifiais au culte du corps.J’enlève les poids & vais à ma fenêtre. En bas, ce qui semble être un groupe d’étudiants discute. Moi, je les mets en joue avec ma barre. Sentiment de surpuissance.

Une secousse, en moi, se fait. Des chocs et des phases du corps & de la conscience. Je suis secoué, tordu, roulé, – foutu. Bouleversé par l’acide. J’ai tellement d’énergie!… Je regarde ma montre : une heure du matin. Tiens, j’aurais dit plus tôt. Avec l’acide, d’ailleurs, c’est souvent le contraire.

Mettre les gens en joue ne m’amuse plus. Or, aujourd’hui, cette nuit entre toutes, je veux JOUER. Les haltères toujours en main, je me mets à mon bureau. Assimilation. L' »Enterprise » de Star Trek. H. Miichaux a raison de dire de la mescaline qu’elle escamote les termes de comparaison : on passe d’une idée à une autre, sans transition. Les haltères toujours en main, je les utilise comme des manettes, & commence de… Piloter l’immeuble… Lequel, à ma grande satisfaction, répond.. Oui, le bâtiment répond à mes commandes!!! Je puis le faire pivoter, avancer, se retourner, etc. L’immeuble devientun gigantesque Rubixcube.

Comme quoi, avec le L.S.D, l’on peut aussi jouer. & ce sans problème, tout dépendant de l’humeur dans lequel on se trouve au moment où on le prend

– Mais, – quoi? – le boucher, lui rêvera de vaches..

Sir coke

Printemps. 96. Il doit être 4, 5heures du mat’, peut-être même un peu plus, passe qu’on voit les rayons du soleil. Nous sortons d’une boîte où nous avons nos habitudes, une boîte de camés psychédéliques qui s’appelle – ça ne s’invente pas – « le monde à l’envers.
Nous descendons ainsi, tranquillement, les pentes de la Croix Rousse. En bas, je vais prendre congé quant Thibault me fait « & après? »Et après? », j’y fais. « Mais, après, je rentre chez moi et je pionce. »
« Nan… C’est trop tôt », yme fait »Si on se faisait une after? » Moi, je suis pas du tout au courant du truc : « Une quoi? »
« Une after : une fête après la fête qui suit une fête après la fête. »
Vu qu’on a consommé pas mal d’exta, je me dis que c’est pas une mauvaise idée. Nous tournons à droite & descendons les quais de Saône. Nous allons tout droit, puis Thibault m’arrête pour me dire que la boîte est dans cette impasse.
Nous entrons, payons, mettons nos blousons Levi’s aux vestiaires.
À l’intérieur, ça ressemble à la fin du monde. Au début, ça ne m’amuse pas, mais vraiment pas du tout, un truc comme la énième boîte de la énième soirée de la énième défonce. Vu et revu, ni fait ni à faire.

Thibault me dérideIl a trouvé deux filles. mieux!, – elles on de la coke. Elles ne se cachent même pas pour la sniffer. Je n’ai jamais pris de cocaïne, mais personne ne le sait. Quant arrive mon tour, je prends la paille et fais ce que j’ai vu faire au moins 10.000 fois au cinéma. J » »inspire la poudre profondément par le nez… – BANG!!! L’effet est instantané : une pure euphorie, jouissance abstraite & désincarnée me monte à la tête. Du coup, mon humeur change du tout au tout. Je suis carrément joyeux et surexcité. Je danse et saute dans tous les coins. La musique est pourrie? Tant mieux! Les filles sont moches? Tant mieux! rien à foutre!

Je repasse vers la fille qui avait la came & lui demande de m’en vendre un peu. Elle hésite, puis finit par me répondre qu’elle est pas dealeuse. Respect.

Je dis au-revoir à Thibault, passe par les vestiaires, & sors au soleil de 8h du mat’, gonflé à bloc.

Rentré chez moi, j’essaie de dormir. En vain. Trop agité. D’autant qu’il y a cette angoisse diffuse, cette sècheresse, & le cœur qui bat a-rythmiquement. Y faut payer : 1ère coke, 1ère descente de coke. Je finis par prendre un Trancopal, puis un Lysanxia, & m’endors.

DEUXIÈME RENCONTRE.

07.99
Je suis en cure de désintox’ à St Jean de Dieu, un H.P « dur ». J’ai passé une sale nuit y z’on pas été d’accord, mais alors pas du tout, pour augmenter les doses prescrites, si bien que j’ai passé la nuit à errer, après quoi ils m’ont enfermé dans ma chambre. Deux problèmes dans mon cas : la schizophrénie & la came.
J’avais pris l’habitude d’un traitement à la carte au Centre Louis Le Guillant, rue de la roquette, à Paris, en avril, mai. Dès qu’on était mal, ils nous filaient un médoc’.

Bref, on m’a affecté à un autre pavillon. Barreaux, grillage, etc. Ma famille doit me rendre visite. Il y a de tout dans cet H.P : des schizo ou des parano en plein délire, des délinquants, des clochards, des alcooliques en manque, etc., etc… Ce coup-ci, ils m’ont complètement shooté : Haldol, Teralenne, Tercian, Solian & autres Tranxène…
Je suis assis au bout d’un couloir, angoissé & en manque, lorsque, à contrejour, dos au soleil radieux de juillet, je vois mon père arriver. Je l’ai reconnu dès que j’ai pris conscience, dans cette lumière splendide, de son blaser. J’ai envie de lui faire un câlin. Je pleureee.

Plus tard, je suis assis sur la table du patio de mon pavillon, et ma plains d’être enfermé. Ma sœur me rassure : elle aussi, après son prooblème d’épaule, elle a été enfermée.

– J’acquiesce, mais je sais très bien que ce n’est pas pareil…