Temps.

Ha! Je ne puis plus vivre dans le temps. Cela fait un bon moment que j’ai sauté hors de lui, dans une sorte de zone où il n’y a plus que désert et nea. Entendez que, comme d’autres, je ne suis plus au monde. Vous pouvez me croiser, me parler mais, en réalité, je n’existe tout simplement pas.

Je ne suis qu’un pantin, un pitre, une marionnette. Et, non, l’on ne peut pas sauter hors du temps. J’ai menti. Car le fait est que vie égale temps, que vie égale fuite du temps.

D’un certain côté, cette fuite du temps est un soulagement. De l’autre, elle me glace le sang. Ce sont les XVIeme et XIXeme siècles qui ont le plus célébré, si j’ose dire, la fuite du temps. En ce qui me concerne, mes meilleures années sont passées et, franchement, cela m’est égal. Je me rapproche de la mort en gaspillant mes dernières forces en énervement et agitation vaine.

Hé, quoi? Que croyiez vous? Que, moi aussi, le temps me pesait sur les épaules? Détrompez-vous! Je ne suis tout de même pas le premier « homme du ressentiment » venu! — Il n’y a que sept ans de ma vie que je voudrais supprimer.

Aphorismes désenchantés.

Le vrai désespéré est celui qui ne reconnaît pas la beauté.

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Oui, une idée peut être belle.

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Un ascète ne fume pas cinq paquets de cigarettes par jour ; un esthète, si, du moins il peut se le permettre.

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Au plus fort de l’angoisse, s’astreindre à l’impersonnalité. Non seulement cela permet de supporter un peu mieux le mal, mais cela donne toute sa valeur au détachement.

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Il y a une philosophie implicite liée à l’usage des narcotiques, pas très éloigné de celle d’un romantisme de l’autodestruction. Toutefois, n’oublions pas une chose : il n’y a nul héroïsme à se droguer, dans la mesurer où – surtout aujourd’hui – tout le monde peut le faire…

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Cioran, Nietzsche, Artaud… Je ne les lirais pas s’ils ne me faisaient pas rire…

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J’ouvre mes mails. Quelques pubs. Aucun message sur Facebook. Il me semble, contre les préjugés, que notre époque n’est pas celle de la communication. Au contraire : on ne se sent plus oublié, on sait qu’on l’est…

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Aphorismes philosophiques.

Il faut se transporter là où l’on ne se comprend plus.

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La fonction de l’art est de vivifier .

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Il faut se monter fort et, la plupart du temps, plus fort que soi-même. Je sais qu’il y a dans ma vie des lacunes et des trous, de vastes plages d’étrangeté et de dépression.

Mais – Lurgee – je guéris. Déjà, je n’ai plus besoin de musique.

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Petite soirée . Du temps que ma mère souffrait d’un cancer, je me réservais toujours un petit moment de neutralité, un oubli de mon chagrin immense. Cette zone de comfort, je la trouvais entre 18 et 20h.

C’est une (bonne) habitude que j’ai gardée.

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Projets. Je fais une foule de projets, de livres à lire, de textes à écrire, de trucs à penser. Bien-sûr, je n’en réalise pas le tiers. — Mais, faire des projets , Ç,est être en vie.

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Les véritables pervers sont ceux qui troublent nos rythmes.

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Je les tiens, les responsables de mon scepticisme : les profs. Ils nous ont par trop enseigné le respect de la culture.

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Il me dit que c’est une honte, qu’on réécrit l’histoire ; alors qu’il réécrit allègrement la sienne.

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Se contredire d’un aphorisme à l’autre, être brouillon, sans même, enfin, être d’accord avec soi-même. Oui, — mais c’est justement pour ça que je pense par éclairs et fragments…

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Nous sommes tous des épigones, l’un de Flaubert et Proust,, l’autre de Cioran et Nietzsche. Mais c’est comme un masque, destiné à cacher — le nouveau.

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Les penseurs et peintres nous invitent à penser et à peindre plus loin qu’eux .

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Deleuze : « Je dis seulement qu’il y a plus de Rimbaud chez les Schizo que chez les autres ». Certes, mais plus de Jack L’éventreur aussi…

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Parfois, on lit un livre et, soit on ne le comprend pas, soit il semble n’avoir aucun intérêt. Mais, deux mois plus tard, on constate : « bien sur »

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Lire un livre de philosophie comme on lit le journal est un crime.

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L’on doit montrer une patience extrême et jouir de son intelligence.

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La mauvaise conscience est, à coup sûr, plus contagieuse que la grippe.

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Multiplication des possibilités de penser. Non pas en réformant une bonne fois la pensée, mais en procédant par petites touches, micro-changements.

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Pour modifier les habitudes de pensée des autres, il faut modifier les siennes. Dans un premier temps, passer pour un fou peut être utile. Cela permet de neutraliser, de sanctuariser le changement , tout en opérant un bouleversement dans la pensée.

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Jugement . Adopter le point de vue de la morale à propos de la consommation de cigarettes est hors de propos. Le tout est de constater la perte strictement physiologique à laquelle donne lieu l’usage de cette substance.

Aphorismes.

Je suis pessimiste par lucidité, non par système.

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Je n’ai eu qu’une vraie pulsion de suicide dans ma vie. J’ai ressenti physiquement le besoin de me tuer.

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L’Histoire tend à prouver que la vie est une farce dénuée d’humour.

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Je n’ai jamais été à proprement parler déçu ; je l’étais d’avance. Je suis né détrompe.

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Le Doute est une maladie incurable.

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À défaut d’avoir des buts dans la vie, j’emprunte ceux des autres.

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En vieillissant, mes illusions s’écroulent les unes après les autres.

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On aura beau dire, dormir fatigue…

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Dieu est causa sui. Tout ça pour éviter de remonter plus loin. L’astrophysique, de ce point de vue, ne peut être qu’athée.

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Dieu est Néant!

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La psychanalyse décortique les sentiments, farfouille dans l’intimité, etc. Cette discipline est la mort de l’ineffable.

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À ma décharge, mon adolescence fut très heureuse. À l’inverse, une adolescence malheureuse sape et détruit sourdement. Cela donne des gens comme… Villani…

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Du temps que j’entreprenais une thèse, je me fiais à l’inspiration qui, en la matière, est du plus mauvais conseil…

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Je ne suis pas assez superficiel!

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Ne pas oublier que le pire des cons peut être un génie.

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Durant mon existence, les hasards m’ont souvent été favorables. N’est-ce pas cela, la « volonté de chance dont parle Bataille?

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Toujours se défier de ses propres mépris. Toujours se demander s’il ne s’agit pas d’un prétexte.

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Nous sommes tous des vivants incurables.

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Une vertu n’est pas un idéal : il s’agit de l’incarner.

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Un style combatif, un style spirituel et « philosophique » donne à la prose un air de planer sur les hauteurs. C’est pourquoi, en ce qui concerne l’écriture, il faut être léger.

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Je préparais l’agrégation (bien éphémèrement) et cette fille me dit que Ecce homo, de Nietzsche, est un livre difficile. De quoi? Ma Bible du temps que j’étais idiot!…

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Attention! La lucidité ronge la réalité…

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Il y a des philosophes chrétiens, mais pas de philosophie chrétienne. Si l’on n’a pas la foi, il faut — croire. Le bouddhisme est une philosophie, donc une pratique de la spiritualité.

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Personne n’a d’expérience de la mort. Pourtant, nous mourons tous, et ce à chaque instant. Se délivrer de la mort, c’est se délivrer de l’obsession de la mort.

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D’un seul coup, je suis saisi par l’idée d’éternité. Il me semble que l’existence, et ce même s’il y a plusieurs vies, est un parcours sans fin, et que même le bouddhisme est en-deçà de la réalité.

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Il faut goûter chaque instant, dans la mesure où il finira. Mais l’instant n’existe pas. D’où le fait que l’on ne peut profiter que du passage.

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Ce type me reprochait toujours de ne pas avoir d’avis, de me cacher derrière les auteurs, bref, de ne pas penser par moi-même. Seulement, voilà, je n’ai nulle opinion; il faut donc que je m’en fabrique une.

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Il faut exceller dans l’ordinaire. ( L’amour peut y aider.)

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L’aphorisme est un feu d’artifice.

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Ce sont les mélancholiques qui prêtent aux animaux des airs mélancholiques.

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Une chanson de Rokia Traoré, « fatalité » en dit plus long sur le sujet que toute l’histoire de la philosophie.

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L’on ne devrait élire aux plus hautes fonctions que des sceptiques. Montaigne était maire de Bordeaux, non… 

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« Le » désespoir est un concept métaphysique. Dans les faits, l’on désespère successivement de bien des choses…

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Moment d’étrangeté qui perdure. Les contours du monde et ceudu corps sont mal définis.

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Ce qui est écrit est écrit, & surtout ma discipline. — Mais n’allez pas chercher dans ma vie Quelque-chose qui s’y conforme…

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Ce que j’ai contre Nietzsche? Le culte morbide de la joie, qui a fini par le rendre fou.

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On peut chercher la vérité avec probité. Il n’empêche : ne pas confondre probité et honnêteté.

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Mon impératif catégorique : ne fais rien que tu One puisse faire devant tout le monde. N’oublions pas que je suis un disciple de Diogène…

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Il faut vaincre la victoire.

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Au milieu du désert, l’on n’est jamais perdu.

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Je suis organiquement sceptique. J’ai le doute chevillé au corps.

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Il est facile de proposer quelque-chose quant on est certain que l’autre n’acceptera pas.

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Manier les hommes est difficile pour celui qui ne tolère que la vérité ; car il faut tromper.

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Soit nous ne sommes pas d’accord, soit nous ne parlons pas de la même chose.

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Il faut se montrer au niveau du quotidien.

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Savoir attendre. Avec un peu de chance, un autre fera vôtre travail …

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Ma vie : un long combat contre le scepticisme.

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Je cherche les choses là où je crois qu’elles sont. (Ne vous y trompez pas, cet aphorisme est profond)

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De quoi? La mort serait un… Symptôme…

Angoisse.

Une angoisse qui a bien macéré dans les viscères, et qui monte à la tête en passant par le cœur.

Un coup de bâton, & la conscience s’ouvre pour laisser place à une lucidité amère et atroce. Je veux dire qu’il y a une certaine vision , une vision au ras du sol qui ne permet plus de réfléchir. La tête est pleine, lourde,

Migraine de l’angoisse. On a beau être préparé, c’est toujours nouveau. La crise d’angoisse ne laisse rien sur son passage. Elle incinère. Non pas au sens d’une crémation, mais au sens d’un feu au napalm.

Non… Je suis à peine angoissé ; l’angoisse est sur le point de venir.

Aphorismes.

En réalité, il n’y a que peu de choses à dire. Et tout le monde le dit… Justement, ce qui compte, c’est le style.

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Un stylo. Un cahier. L’épreuve même… essayez d’en tirer quelques aphorismes.

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Il faut éviter, et l’éloquence, et la grandiloquence.

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Aujourd’hui, je suis dans une véritable précarité psychique. Je peux craquer d’un moment à l’autre.

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Je n’ai presque aucun but dans la vie. Pleurer, peut-être… que non!, ce serait trop lyrique…

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Le temps est à l’orage. Le ciel prend la couleur de mon âme…

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L’homme est une créature qui ne se renouvelle pas. Il pourrait… Est-ce que je sais?… Tiens!, arrêter de respirer…

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Je viens de passer de l’ennui au spleen, et de ce dernier à l’angoisse.

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Je n’ai pas l’esprit, là pente, du solliciteur ; encore moins du disciple. Ce qui fait que je ne demande jamais rien à personne. Mon ascension, si elle a lieu, sera démon seul fait.

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Tranxène

Il se diffuse progressivement dans le sang,atteint . Les nerfs et percute l’estomac. On le reconnaît à sa douceur merveilleuse, à sa perfection inimitable.

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Dans ce que j’écris, j’écarte systématiquement tout ce qui ne provient pas de mon fond. C’est pourquoi ces aphorismes méritent le nom de barbares.

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Humaniste de salon sera misanthrope de rues.

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Les manies me tiennent lieu d’habitude.

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Ha!, Si le pli du suicide venait aussi facilement que celui d’aller aux toilettes!

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Dans « La chute de la maison Usher », Poe parle du fait de répéter un mot jusqu’à ce qu’il n’ait plus de sens, jusqu’à le vider de sa signification. À la vue d’une personne, c’est pareil. Pour s’en convaincre, il n’est que de regarder les vieux couples : le mari et sa femme ne se voient même plus.

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Je vous parle d’une misère psychique, d’une quantité d’influx nerveux – qui manque. Pardonnez-moi, mais l’énergie est au fondement de tout ; et, moi, je n’en ai même pas assez pour dormir…

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La différence entre un lyrique et un styliste est que, lorsqu’il ne dort pas, le premier fait crier tout un chacun, là où le second… Supporte…

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Un tempérament religieux, voire mystique, mais sans avoir la foi, voilà la seule croix qui m’est échue.

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Je suis aussi seul qu’une vieille pute. Seulement? Que dis-je?, – je suis aussi seul que Dieu!

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L’histoire de ma vie se confond avec celle des substances que j’ai absorbées.

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Se survivre est d’un ridicule consommé. Déjà, survivre tout court…

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La mélancholie n’est pas un symptôme, mais le fond du mal. Qui oserait dire avec aplomb que le pessimisme est un symptôme?…

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En prépa, on ne lit pas de livres ; – on prépare des exemples.

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On peut bien parler de la folie de Nietzsche ou de celle de Hölderlin, rien n’est dit tant que l’on n’a pas pris en compte le fait qu’ils ont terminé leur carrière dans l’euphorie.

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La patronne du bar après une nuit d’excès, survêtement et sweat à capuche, cela vaut son pesant d’or. Voilà qui rachète l’insomnie…

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Je suis trop accroché à mon petit moi narcissique d’Européen du XXIÈME Siècle pour prétendre à la sagesse. C’est d’ailleurs tout juste si j’ ai le droit d’écrire…

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Sa seule philosophie était dans l’anecdote.

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Je puis beaucoup pardonner, mais certainement pas à ceux qui m’ont enseigné l’Histoire.

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Si l’existence d’Artaud prouve quelque chose, c’est que le délire est inépuisable. Le délire? Que dis-je?´ – le système…

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À nul n’est donné d’être totalement lyrique. En effet, quoi que l’on dise en son propre nom, il y a toujours une distance.

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Mon diagnostic est pessimiste. Et que l’on n’aille pas voir la un signe de dépression!

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Le calumet de la paix. Qu’y a-t-il vraiment dans cette pipe?…

Nuit noire.

La « volonté de puissance» est une volonté qui se raffine. Elle s’intensifie, se purifie. Il fallait être bien naïf pour croire que, par là, elle ne s’anéantissait pas.

La volonté ne peut que finir par ne plus se vouloir. NIetzsche, un insomniaque, aurait dû avoir l’intuition du fait que vouloir en permanence n’est pas une posture tenable. Il faut croire que sa folie le préservait de la fatigue.

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Selon Poe, l’opinion publique pure est dans le vrai. Mais comment savoir qu’elle est pure sinon en… L’influençant?…

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L’ennui remplace le rire, peut-être, mais certainement pas le sommeil.

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« Il est entre la vie et la mort ». Mais n’en sommes-nous pas tous là?…

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Impression que mon cerveau est en train de se désagréger.

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Si j’avais suivi ma pente, j’aurais fini prof. Ma pente, oui, le mot est juste, du moins pour qui sait qu’il déchoit…

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Je suis un nerveux, un hypersensible, un imaginatif. C’est pourquoi je fus précocement touché par la Mélancholie. Il s’agit d’un désespoir sourd, non pas violent, qui sape en vous-même toute joie de vivre. Enfant, déjà, j’avais des moments que l’on peut qualifier de véritable prostration.

Mais la vraie melancholie, la mélancholie clinique, c’est la perte radicale de toutes les illusions, de tout ce qui met le monde à distance.

Je veux dire par là qu’elle affecte même l’intelligence, qu’elle affecte le corps et l’esprit. Un jour, on se couche, et l’on ne se relève qu’un an plus tard.. cet état de désespoir complet est un poids, oui, un poids sur la conscience. Ce qui est véritablement insupportable.

Je ne parle pas ici de la mélancholie passagère ou une quelconque posture par rapport à la vie, autrement dit une attitude, mais de cette effroyable maladie qui gagne tout, qui ne laisse derrière elle qu’un corps vide et inutile.

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Sourire, oui, – puis sombrer dans l’abîme de la folie.

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Non seulement je ne suis pas philosophe, mais j’en veux à la philo.

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Je me souviens de ces moments d’extrême extase durant lesquels je parcourrais les rues en enchaînant les Clopes, je me souviens de ces moments, aussi durant lesquels je n’étais plus capable de la moindre rêverie.

Mais suis-je… Sauvé?

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Style. Mon style n’est pas élégant, non, et il manque de goût. Il est d’abord barbare. Et’ j’aurai beau m’en défendre, il est – lyrique…

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Je voudrais dissiper ce mal qui m’enveloppe, ce carcan de tristesse et d’effroi qui me taraude. J’ai passé ma vie à fuir la peur au lieu de l’affronter.

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Les yeux ouverts depuis hier. Le jour ne se lève pas.

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Ces petites heures du jour où la vie se retire, ces matins atroces qu’il faut affronter après une nuit sans sommeil.

L’insomnie est une suspension entre deux vides, elle est une tension entre une extase froide et un désespoir obscur. Entendez par là que l’on apprend beaucoup au cours des nuits blanches, dans la mesure où l’on se confronte à l’horreur, au gouffre de la lucidité.

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Tercian

On sent son action, tout d’abord, dans la tête, laquelle devient de plus en plus pesante. Un léger retrait par rapport au réel. Tout semble aller de soi. Angoisse inimaginable. Puis c’est la lourdeur des membres. Les nerfs se relâchent. On glisse dans une hébétude bienfaisante, succédané du sommeil.

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Je ressors brisé des hauteurs que j’ai tutoyé cette nuit.

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N’ayant dormi qu’une heure et demie, sensation (justifiée? ) de fin du monde.

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Au réveil, ouvrir les yeux… Cela, déjà, est de trop.

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Libéraux des années quatre-vingt ou libertins des ânes aux quatre veaux?