Chant de la mort.

Chant de la mort.

« Ici il n’y a plus d’angoisse…

Tout est calme er repos. Chez moi, on est jamais malade. Il fait toujours chaud &, ce que tu veux, tu l’obtient sans peine. »

J’ai été séduit par le Chant de la Mort. Et j’ai failli m’abandonner à elle.

Mais je lui ai dit :

« Mort!, je t’appartiens si, demain, ja passe une journée sans joie. Et je sais que, demain, il y aura encore de la joie. Bien-entendu, la Douleur est infini. Aussi est-ce que je puis me suicider à tout moment si je ne tiens pas. Allez, « Encore un jour, un jour de passé. » — Et il n’a pas été, au moins, sans un sourire

J’ai vu la vie dans le visage des femmes. J’ai connu l’extase. Je veux vivre et je ne veux plus vivre…

Vais-je m’anéantir dans la Joie?

Vais-je m’anéantir dans l’extase

« Alors rejette-moi! Je n’ai pas peur du Néant , m’a dit la mort. Je vois bien que, physiquement, tu es malade. Et je vois bien que tu es désespéré.

Rejoins-moi… »

Cette nuit sera peut-être celle de ma mort. Voilà ce que je lui ai répondu. J’ai pris bien trop de cachets et j’espère que ça va suffire. Je ne veux plus souffrir.

— Mais je crois, moi, que la mort est une souffrance ; je crois que la Mort n’est pas définitive. Je veux être sûr, avant de me suicider, qu’il n’y a pas plus de souffrance après .

— J’imagine facilement une éternité.d’ennui.

Chant nocturne.

Chant nocturne.

I/

Mes amis, vous arrivez, malheureusement – ou heureusement?…- trop tard. Mon temps est passé. Je suis à présent en mon ascension. Je vais quitter les hommes.

— Et peu-être le monde…

Mon déclin est fini. Je vais rejoindre les intimités -tragique? – de mon esprit. Que dis-je? De ma Pensée

Ne pensez pas qu’il s’agisse d’un suicide, même si cela s’y apparente un peu. Mais mon but est de me libérer, de me libérer de mes influences , dans un premier temps, puis des besoins de mon corps.

— Je veux devenir pure Pensée.

Yoga power. Donne-moi une minute d’inconscience merveilleuse. Mais je ne mourrai pas, « Vas!, Démon! »

II/

Je m’en vais

Je n’emporte ni drogue, ni poèmes. Ma vie était trop grande, vous savez. Personne ne pouvait plus s’y mêler. J’entre à présent dans la nuit, sans amis, ni ennemis. Je suis seul.

Je ne ploie pas l’échine. Je suis seul.

Allez!, Mes frères! Je veux que ma nuit soit mystique. Je veux une dernière Illumination pure : je monterai plus haut, plus loin, dans les lieux terribles de la Douleur e t le Froid. Je supporterai, du moins jusqu’à un certain point, la Souffrance.

III/

« Il est temps ». Je le sais. Mon regard entre dans la nuit. J’ai aimé ce monde et ne veux pas finir amer. J’ai dit : Regard. Mais mon être entre dans la plus grande des lumières. — Je suis en voie de spiritualisation

Car voici, mes frères : je ne peux plus vivre parmi vous. J’ai aimé ce monde et ne veux point finir amer. C’est pourquoi j’ai dit que je bénissais la vie.

— Oui, du fond de moi-même, je le bénis

J’ai convoqué quelques amis en vue d’un certain festin que je veux donner. J’ai convoqué les vivants et les morts « Et bien d’autres encore ».

Aphorismes.

Sous tout système gît une vie misérable. L’on ne devrait admettre comme philosophe que les penseurs ayant eu une adolescence heureuse.

*

Vous vous demandez ce qu’une philosophie vaut pour l’Esprit? Mais c’est pour la Pensée qu’il faut se poser cette question, autrement dit pour la Vie.

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Je jauge un concept à ce qu’il peut faire en vue de la vie et de la pensée.

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Il n’est jamais trop tard pour poser une question ou définir ou redéfinir une problématique. Non, le problème est toujours jeune. — Et l’on a l’âge de ses problèmes.

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Si l’on écrit tant, si l’on rature, et ce n’est que pour parfaire nôtre dernière lettre, celle qu’on laissera avant de se suicider.

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Deleuze a raison : le style, c’est de la politique.

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J’ai la fièvre et tousse comme un phtisique. Bref, un vrai personnage Dostoïevskien.

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J’ai besoin, pour vivre, de la plus extrême lenteur. Qui va piano va sano, cela pourrait être ma devise. Je veux dire par là que je m’y prends toujours à l’avance. Par exemple, je suis de la plus extrême ponctualité, — et, même, j’ai souvent beaucoup d’avance… C’est que j’aime « avoir mon temps », j’aime pouvoir musarder. « Feignons, fainéantons. »

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Il faut savoir discriminer. Ne jamais nous lancer en même temps dans deux aventures. C’est aussi une question de vitesse, de tempo.

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À Joël Couve.

En réalité, je ne suis pas insomniaque, mais noctambule. Je veux dire que je ne vis vraiment, c’est-à-dire intensément, que lorsque le jour s’est couché. Ma Pensée, alors, se déploie, prend ses distances. La nuit est la vraie scolastique de la vie. — Et le reste est emmerdes…

*

Je mène mes petites expériences mystiques dans mon coin, avec toutes ses intensités. Laissez-moi bricoler, laissez-moi mener cette vie.

*

Si tu veux apprendre quelque-chose, apprends en premier lieu à être injuste.

Chant de la plus grande solitude.

Il me faut rejoindre les lieux mêmes de la douleur . Je t’aime, Ô, solitude!, — toi qui fait les nuits silencieuses, toi qui étend la durée. Ô!, non, je ne me plains pas, car je sais que, le reste du chemin, il va falloir que je le fasse seul,

— Mes amis des pays lointains me comprennent déjà et, comme je m’avance, ils m’accueillent,

Eux qui savent que la solitude sera mon foyer.

Ils sauront se retirer à temps.

Je n’irai plus me perdre dans les mondanités. Je n’irai plus chercher le réconfort dans la multitude. Ainsi cesseront à la fois ma décadence et ma prostitution! Car n’était-ce pas cela, la vie en société, hein?

Je veux vous parler, moi, de là hauteurs des cimes, je veux vous parler de ces cinq nuits sans sommeil.

— Et pourtant je bénis la vie. Car voici : il y a trop de monde dans les rêves, il y a trop de conscience (dans les rêves). C’est pourquoi je préfère la lucidité, la toute-conscience .

Ainsi commence ma santé. Ainsi commence mon ascension. Sentence after sentence, je chanterai mon hymne à la solitude, et je comprendrai enfin ce que cela veut dire que d’être le seul.

Il est trois heures du matin et je ne dors toujours pas. Ça fait la cinquième nuit. Et pourtant, il me semble que, cette douleur, hé bien je suis passé au-travers, un peu comme on passe à travers le feu pour rejoindre la lumière.

Il fait tellement chaud! Ma fièvre bénit l’hiver.

— & vous appelez ça la plus grande douleur? Moi, je la nomme félicité! Car je puis profiter et jouir de mon propre esprit. Ceux que je plains amèrement, ce sont ceux qui ne disposent pas d’assez de solitude.

Ceux que je plains sont ceux qui ne supportent pas la solitude.

Pourquoi? Hé bien parce que ce sont ceux qui croient à la fusion des âmes. Parce que ce sont des idéalistes.

Je me fous bien d’être aimé. Ce que je veux, c’est aimer.

& je t’aime, solitude, toi qui me permet chaque jour d’être un peu moins moi-même. & je plains ceux qui cherchent à tous prix à s’agréger à la foule pour croire qu’ils sont moins seuls

& passent leur temps sur les réseaux sociaux pour croire qu’ils sont moins seuls

Être « ensembles »

Être soitdisant ensembles.

Car, justement, cela n’existe pas :

nous sommes des être séparés

l’amour n’existe qu’une seule fois dans le flash de l’esprit

puis il s’évanouit.

— & puis c’est la solitude, l’ancienne, la vraie.

À six heures du matin…

Je suis un familier des limites. Mais, là, à 06h30 du matin, dans cet hôtel restaurant, je n’étais pas prêt. Imaginez-vous : il fait encore nuit, et une bande de touristes vaseux prennent un breakfast non moins glauque…

Et dire que, moi, je sors d’une nuit d’extase

Fallait-il vraiment que ÇA finisse là?…

*

Oui, oui, je suis brutalement personnel, barbariquement, dirais-je. Je n’en ai toutefois pas moins de respect pour ceux qui savent garder la tête froide. « Ceux-là sont les forts, les vrais. »

*

Triple horreur! Je comprends que tous ces voyageurs font en réalité partie d’un tour operator. Ils veulent du monument, du magasin, — et du cher!

Le tourisme est peut-être l’une des dernières superstition de l’Occident.

Que dis-je?! L’Occident entier est devenu terre touristique…

Mystique.

Mystique. J’ai fait une seule (!) crise mystique, et de nombreuses extases. Ces moments où les intensités se conjuguent pour vous faire atteindre des sommets, — des paroxysmes… D’un seul coup, l’on comprend, non d’une compréhension scolaire, mais par une véritable illumination. Et cette compréhension est un suprême acquiescement, un OUI au monde, une participation totale et intégrale.

Mais il y a la descente, la brusque chute dans le néant, ces moments de baisses dans les intensités mystiques.

— Puis, peu-à-peu, le crise n’est plus qu’un souvenir.

Mais, non!, car toute mystique est actuelle ou n’est pas.

Spiritualité de Prisunic.

À inscrire au fronton d’un temple Bouddhiste New Age (du genre ménagère de moins de cinquante ans en quête de « promotion » spirituelle…) : « Le constat que l’on n’est rien ne fait pas de vous quelque-chose. » En fait, c’est même le genre de poncif qu’il faudrait graver au-dessus de chaque porte des Universités de philosophie. Je me permettrais même d’en enrichir la formule d’un : « Et encore moins quelqu’un. »