Nouvelle lettre sur moi-même.

Chère ***,

Le problème, dans mon cas, c’est que je suis complètement brouillon et que, l’un dans l’autre, je ne parviens pas à développer, du moins pas de façon cohérente. J’admire les écrivains qui, tels Balzac ou Zola, faisant des plans, pouvaient écrire la tête froide. J’excepte Flaubert, pour lequel mon admiration est sans borne, et ce depuis l’adolescence. S’agissant de mon cas, je ne me résous à écrire que dans la plus extrême des nécessités, lorsque l’excitation est à son comble, et que le dessin ne suffit plus.

Je en sais pas si ce que j’écris est bien « normal », mais, ça, je m’en fous. Je me fous des fous les fous sont fous des fous, etc. Quoiqu’il en soit, je ne vivrai jamais de ma plume, alors autant être radical. Je ne crois pas que la « littérature » soit dans le ciel des idées. Non, la littérature doit être en action. , comme chez Artaud, Cioran ou encore Bataille.

Je ne me reconnais dans rien d’impersonnel, de détache. Non, il faut être absolument personnel. Et, cela, je le dis sans vouloir réhabiliter une philosophie du sujet fondateur.

Et j’en reviens toujours à mon idée du lyrisme objectif. Par ce terme, je n’entends pas un lyrisme de l’épanchement sentimental adolescent, etc. mais bel et bien à un espace où le «je » s’ouvre à quelque-chose qui n’est pas lui.. c’était d’ailleurs le sens de mon dernier « livre » « logique ».

Parce que, tu vois, le truc, c’est que je ne puis me satisfaire d’être seulement moi-même… Non… Mais je ne veux pas être un « autre » pour autant.

Ce que je veux dire, c’est qu’il me faut une ouverture sur « autre-chose », au sens où Hugo dit : « Je suis un homme qui pense à autre chose. » Sous-entendu : « À autre chose [que d’être un homme] »

—-

[Suite de la lettre après une douche froide tandis que je commençais de m’assoupir…]

J’ai toujours de l’avance sur moi-même : si je lis un livre et que je projette d’en lire un autre, hé bien, le premier fini, je change radicalement de perspective. C’est justement la dimension d’ »autre-chose ».

Dans deux ou trois heures, le jour se lèvera, et les travailleurs matinaux iront… Je ne sais où… Dans la schizophrénie, ce qui importe, ce sont avant tout les rythmes. Françoise Dolto l’avait bien compris. Il faut qu’ils soient réguliers, qu’ils renvoient à la dimension de la sécurité, etc. Ce qui m’amuse, moi, ce sont les rythmes brisés, les trajectoires en zigzag, un peu comme chez Deleuze. Ou alors, mieux : la nécessité de l’arythmie quant on marche dans le désert dans Dune.

Je crois avoir assez abusé de ton temps pour cette nuit. Bonne journée!

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